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Actualités de l' Association » Témoignage GEPETO-JVSI 2014 au Togo

GEPETO : si ce mot nous renvoie à l’enfance, il résonne d’une toute autre manière auprès des étudiants en orthophonie d’Amiens qui l’ont choisi en 2009 comme nom de leur association. Dès le passage du concours pour rentrer à l’école d’orthophonie, le ton est donné : accueil chaleureux, sourires, soutien moral et aide à l’orientation… tout est fait à GEPETO pour intégrer de la meilleure des façons les futurs étudiants. Le dynamisme de ses membres et leurs idées innovantes permettent à l’association de mener tout au long de l’année de nombreux projets : journal, conférences, stages de langue des signes (ne dites jamais à un étudiant en orthophonie « langage » des signes!) et de dessin, stands de solidarité locale mais aussi un voyage de solidarité internationale.

D’abord à Madagascar, c’est ensuite vers le Togo que l’association a fait son choix de destination pour ce projet, à cause de problèmes géopolitiques dans le premier pays. Nous sommes allés à la rencontre de trois étudiantes faisant partie de GEPETO, qui ont été ou sont actuellement au poste en charge de la Solidarité Internationale : Julie, qui est partie l’an dernier a pu partager avec nous son expérience, et Guillemette et Laura, qui partiront en août nous ont expliqué leurs attentes, leurs craintes et leurs motivations.

GEPETOGOChaque année, deux étudiants du bureau de GEPETO sont en charge d’organiser ce projet : trouver les financements, les dons, les activités qui seront réalisées sur place… ils organisent le projet de A à Z avec l’aide de l’association JVSI (Jeunes Volontaires pour la Solidarité Internationale), pour laquelle Julie nous explique que « c’était intéressant de mettre en place un partenariat avec l’association qui faisait de la solidarité internationale mais qui était déjà sur place. Cela nous facilitait les démarches au niveau administratif (les visas, l’hébergement…). Ils nous ont aussi aidé à trouver les groupes de femmes qui voulaient participer par exemple aux ateliers d’alphabétisation, mettre en place ce qu’on allait plus ou moins faire sur place dans les écoles. » Pour organiser cette mission, Julie était accompagnée de Daphnée, puis elles ont recruté les étudiantes qui partiraient avec elles : Sixtine, Fanny et Marion. Grâce à leurs connaissances dans le réseau des associations de la FAEP, elles ont aussi pu rencontrer des membres de Solimeda (Solidarité Médecine Amiens, qui organise également chaque année une mission de solidarité internationale) qui ont partagé avec elles leurs expériences. Mais autant de soutien ne veut pas dire aucune difficulté : « Ce qui est difficile chez GEPETO c’est qu’on est une petite asso, on a plein de ressources, ça on ne s’inquiète pas là-dessus on en a toujours et on arrivera toujours à en trouver, mais on reste une petite asso qui fait des gros projets quand même, et qui nous prennent du temps. » Toutefois, une bonne organisation et l’aide des personnes de l’association leur permettent de ne pas trop pénaliser leurs études.
Guillemette et Laura, qui ont décidé de reprendre ce poste cette année, expliquent que pour elles « le budget et la communication entre nous six [une personne de plus part cette année] sont les points les plus délicats dans la préparation de ce voyage. Il s’agit de récolter une importante somme en quelques mois seulement, alors qu’initialement on ne connaît absolument rien au déroulement d’une commission et à la constitution d’une demande de subvention par exemple. Les différentes démarches « administratives » font peur. Pour le point communication, c’est plutôt le fait de se répartir les tâches équitablement ou de prendre en compte l’avis de chacune avant d’entreprendre quelque chose qui n’est pas toujours facile à gérer, surtout lorsque nous sommes chacune dans nos villes respectives, avec d’autres occupations [comme les écoles d’orthophonie sont sur concours, les étudiants viennent de toute la France, et très peu de Picardie] »

GEPETOGOMais un projet comme celui-ci, c’est aussi et surtout ce qui est organisé sur place. Il y a des découvertes, de belles rencontres, de l’ouverture sur les autres et aussi sur soi-même. Il faut d’abord comprendre que malgré le passé colonial qui existe entre la France et le Togo, de nombreuses différences existent dans le mode de vie, dans les institutions, par exemple l’école : « [Julie] Au Togo, il y a une distinction entre école « publique » qui est on va dire… privée puisqu’il faut payer ; et école du village qui est en fait une école dirigée par un grand du village. Tous les enfants ne vont pas à l’école, il y en a beaucoup qui sont laissés dans les rues tous seuls ». Aussi, ce sont les femmes qui travaillent principalement dans les villages, accompagnées non pas de leurs maris, mais de leurs enfants dans les champs : « La première semaine quand on est arrivées à Zafi, un petit village au-dessus de Lomé la capitale, on a commencé par faire de l’intégration. On a suivi des femmes togolaises dans leurs activités quotidiennes. Au Togo, les femmes font beaucoup de choses, beaucoup plus que les hommes. Ce sont elles qui vont aux champs, qui plantent, cueillent, labourent… c’est très physique. Les hommes, eux, dorment souvent. […] Dans les champs, les conditions sont horribles, il fait une chaleur pas possible. Les femmes portent leurs récoltes sur la tête, on ne dirait pas mais c’est très dur ! Je me souviens d’un jour où elles nous en ont fait porter : c’était ridicule ce qu’elles nous avaient mis, mais la plupart d’entre nous ont abandonné. Moi j’ai réussi à le faire tenir jusqu’au village, et à chaque fois que la femme qui était avec moi voyait quelqu’un, elle lui disait « Eh regarde, regarde ! » en me montrant. Elle se moquait de moi, mais elle était en même temps très fière. Les petites dès le début portent des paniers sur leur tête, vers 5 ou 6 ans, les enfants vont dans les champs à partir de cet âge-là. Ils doivent aider leurs mères, garçons comme filles. Parfois c’est difficile, ils n’ont pas vraiment d’enfance, ils ne peuvent pas jouer, mais là-bas s’ils n’aident pas leur mère, personne ne va les aider. Tu ne t’en rends pas compte tant que tu n’es pas parti, tu te dis que c’est horrible de faire travailler des enfants, et ça l’est, mais ils n’ont pas le choix. Les femmes peuvent mourir dans les champs, alors s’ils peuvent les alléger un minimum, il faut qu’elles en profitent parce que l’espérance de vie n’est pas très élevée. Et si les enfants n’ont plus de maman, ils font quoi ? ».

Durant leur première semaine, les filles ont donc pu s’intégrer dans le village en découvrant la vie togolaise grâce aux femmes. Elles ont travaillé avec elles, ont pu échanger, et ont pu comprendre ce dont celles-ci avaient besoin pendant les cours d’alphabétisation (une des activités prévues en lien avec leur filière d’études) car elles cultivent leurs champs et vendent ensuite leurs produits sur le marché, il est donc intéressant pour elles de connaître le vocabulaire français nécessaire à la communication avec des touristes et des potentiels acheteurs. Deux ateliers ont ainsi été organisés par semaine durant lesquels un travail a notamment été fait sur les sons et sur les lettres : « Il faut savoir que les sons de la langue française et ceux de la langue togolaise ne sont pas les mêmes, donc il y a des sons qu’elles n’arrivaient pas à faire. Les sons d’une langue c’est ce qu’on appelle les phonèmes, donc on a essayé de travailler dessus, car si elles n’arrivaient pas à produire certains phonèmes, elles ne pouvaient pas produire certains mots. » Mais une telle expérience ne réside pas seulement en ce que le voyageur apporte, le plus important reste avant tout l’échange avec les personnes rencontrées, qui de la même manière, arrivent à faire apprendre des choses en retour : « Le but était ensuite de vraiment pouvoir échanger, par exemple elles nous disaient des mots en éwé, le dialecte togolais et nous en français [si la langue nationale et donc celle utilisée à l’école est officiellement le français, l’éwé reste celle qui est principalement parlée ; de plus, de par des conditions de vie très hétérogènes, tous les togolais n’ont pas le même niveau en français], afin que nous puissions apprendre de l’éwé et elles du français ». Ces échanges se caractérisent aussi au travers des activités socio-éducatives que GEPETO a organisées une fois par semaine, destinées principalement aux enfants. Elles ont permis d’établir un contact naturel et humain, alors qu’au début les enfants n’étaient pas nécessairement confiants quant à la présence de ces cinq filles françaises : « On a fait des activités socio-éducatives à l’école et dans le village. Ce qui était marrant c’est que les enfants du village avaient un peu peur de nous, ils n’osaient pas venir vers nous, et au fur et à mesure qu’on commençait les jeux on voyait des enfants venir de partout, de tous les coins de rue ! Et on se retrouvait à faire des rondes à cent, c’était complètement démentiel. »

Les togolais sont en général très chaleureux, surtout dans les villages où les membres de GEPETO ont pu rencontrer dès leur arrivée de nombreuses personnes qui leur proposaient naturellement de venir visiter leur maison, ou leur offraient des boissons. Cependant, certains sujets de discussion restent tabous comme la place de la femme ou le passé colonial en lien avec la France. Le roi du Togo (qui n’a plus de roi que le titre puisque le pays est désormais une République), résidant à Togoville l’ancienne capitale, a pu leur raconter l’histoire du pays et ce passé en lien avec le nôtre. « On sentait qu’il le gardait toujours en mémoire et que ce n’était pas forcément oublié. Ils n’avaient pas de rancœur envers nous, ils comprennent très bien que nous ne sommes pas de la même génération, mais ce serait mentir de dire qu’il n’y a aucun impact et que même aujourd’hui, ils n’y pensent plus. » Et pour cause : une visite a été organisée dans une ancienne maison d’esclaves, une expérience aussi saisissante que troublante : le guide leur a dit « Je vais vous expliquer ce qui s’est passé dans cette maison, et vous allez faire comme les esclaves noirs. Vous allez rentrer dans la maison par les petites portes, vous allez rester sous les catacombes, puisque les esclaves étaient cachés recroquevillés, et après vous allez me dire ce que vous en pensez ». De quoi leur permettre de se rendre compte du poids de l’obscurité, de la promiscuité et de l’oppression vécus par les anciens esclaves.

GEPETOGOLes expériences de solidarité internationale ont cette force de relativiser sur notre existence, de donner du sens à nos actions notamment par des événements choquants, sans jamais tomber dans le pathos, mais en montrant les choses telles qu’elles ont été, ou telles qu’elles sont. Ce n’est pour autant pas le pire souvenir que nous a présenté Julie : « Avant de partir, nous sommes allées faire un tour à l’orphelinat, où on a donné la collecte. Le directeur nous a montré les locaux, qui étaient dans un état déplorable. Au Togo, beaucoup de mamans meurent en accouchant car les conditions sanitaires ne sont pas optimales, du coup les enfants se retrouvent tout seuls et comme les papas n’ont pas l’habitude de s’occuper des enfants, ils se retrouvent orphelins. […] Quand on a commencé à donner la collecte, on s’est senties mal à l’aise car on s’est rendues compte qu’il y avait trop d’enfants et qu’on n’avait pas assez. C’était de l’impuissance, on avait fait tout ça pour ça ». Heureusement pour elles, même des peluches ont pu satisfaire les plus grands, pour qui il n’y avait pas assez de vêtements.

GEPETOGOSi ces aspects assez négatifs marquent les personnes qui partent, les font grandir peut-être mais au moins réfléchir, d’autres souvenirs leur rappellent à quel point cette expérience était extraordinaire. Tous les sourires, la chaleur des personnes, leur accueil, leur solidarité. Ces souvenirs ce sont les couleurs du Togo, la terre ocre, le ciel bleu et les arbres verts. Ce sont ces gens heureux, qui ont des cabanes pour maisons, qui travaillent tous les jours, ce sont des enfants qui sourient avec des peluches, des ballons ou des simples chansons. C’est la dureté de la vie relativisée par la simplicité du bonheur. « Les deux meilleurs souvenirs qui me viennent en tête : d’abord, il y a une après-midi où nous avons fait des activités socio-éducatives avec les enfants pendant lesquelles nous avons distribué des ballons de baudruche. On les a vu avec des sourires plus hauts que les oreilles, et on s’est dit que là, on arrivait peut-être à les rendre heureux, qu’on faisait quelque chose qui marchait. Et aussi, la dernière fois où nous avons fait les ateliers d’alphabétisation avec les femmes, nous étions en train d’expliquer quelque chose aux femmes et une ne comprenait pas. Du coup, je me suis dit que j’allais continuer d’expliquer à celles qui comprenaient et que quelqu’un d’autre pourrait lui réexpliquer à elle. Elles nous ont toutes regardé et nous ont dit : « Non non, il faut qu’elle comprenne ! ». Du coup, on n’a pas avancé tant qu’elle ne comprenait pas. On était abasourdies, limite les larmes aux yeux par ce geste ».

Guillemette et Laura, elles, ont également choisi ce poste pour s’investir dans la vie associative de leur école, mais aussi par attirance pour la solidarité internationale, notamment grâce au témoignage des étudiantes parties l’an dernier. Elles attendent beaucoup de cette expérience : « Nous espérons pouvoir nous sentir utiles sur place. Même si nos missions sont réparties sur seulement trois semaines, nous aimerions constater des progrès chez les femmes bénéficiant de nos ateliers d’alphabétisation et avoir le sentiment que les enfants prennent plaisir à faire les activités qu’on leur propose, qu’elles leur apportent une aide ludique. Nous souhaitons aussi que notre passage laissera un bon souvenir aux habitants de Zafi, tout autant que l’an dernier. Concernant l’association GEPETO, c’est un moyen de la représenter à l’étranger, d’étendre ses actions à l’international, de la rendre toujours plus dynamique et impliquée dans différentes causes et de faire connaître l’orthophonie ailleurs. »
Laura : « Sur le plan personnel, j’espère que ce voyage me permettra à l’avenir de l’adapter encore plus facilement dans un nouvel environnement, avec de nouvelles personnes et dans des situations différentes. La capacité d’adaptation est importante en orthophonie. J’attends aussi de cette expérience des rencontres enrichissantes avec des adultes et des enfants. »
Guillemette : « Personnellement, j’attends de cette expérience qu’elle m’enrichisse tant humainement que culturellement. Je me considère chanceuse d’avoir l’opportunité d’aller à la rencontre d’une autre culture, d’un autre mode de vie avec mes camarades. »

Elles ne sont pas sans appréhensions, notamment en ce qui concerne les conditions de vie et l’hygiène, mais les informations de JVSI ou le témoignage de leurs anciennes permettent de les rassurer et de finir les préparatifs dans les meilleures conditions. Leur mission se déroulera en août, mais elles ont déjà prévu de partager leur expérience à la rentrée : « Nous avons en effet prévu de faire un retour de notre expérience. Nous réfléchissons encore à la forme exacte que cela prendra, mais une exposition photo nous semble être une bonne idée. Ceci se déroulera probablement dans le Restaurant Universitaire Saint-Leu et dans les locaux de l’UPJV également, de manière à rendre l’exposition accessible à tous les étudiants. Ce retour est important pour nous afin de rendre plus concrètes les actions menées sur place, auprès de ceux qui ont contribué de près ou de loin à la réalisation de ce projet. » Nul doute que les étudiants auront à cœur de pouvoir découvrir ce projet, porté avec autant de dynamisme que d’humanité.

Bon courage aux filles pour leur voyage, et comme le disait Gandhi : « Soyez le changement que vous voulez voir dans le monde ».